Comme vous le savez, la direction de Facebook a passé le plus clair de son temps en 2018 à répondre aux questions sur l'usage qu'elle faisait de nos données personnelles. Après le scandale des données détournées de 87 millions d'Américains par la firme Cambridge Analytica pour influencer les élections américaines, la même direction de Facebook a juré qu'elle prenait notre vie privée très au sérieux et que ses équipes travaillaient à fond pour que ce genre de mauvais usage ne soit plus possible à l'avenir.

Depuis lors, c'est vrai que Facebook semble respecter ses engagements: d'abord en faisant des promesses et des excuses en public, et ensuite en publiant directement toutes les campagnes de désinformation dès qu'elles sont découvertes. Mais comme le rappelle de New Republic, il ne faudrait pas se leurrer: le coeur du business de Facebook, c'est la publicité, et la publicité se base toujours sur la récolte et le traitement de nos données personnelles. Par ailleurs, Facebook sait aussi que ces données ont beaucoup de valeurs pour ses partenaires commerciaux. Autrement dit, toutes les sociétés qui cherchent aussi à en savoir plus sur nous pour nous proposer des services ou des produits conformes à nos envies.

Or, justement, le Wall Street Journal a dévoilé ce lundi 6 août que Facebook avait demandé à des banques de partager des informations financières détaillées sur leurs clients, en ce compris les transactions par carte et les soldes bancaires. D'après la presse américaine, Facebook espère qu'avec les données récoltées, elle pourra bâtir une plateforme sur laquelle les gens pourront aussi acheter et vendre des produits et des services, un peu comme une combinaison d'Amazon, de Venmo et de Craigslist. Et toujours d'après la presse américaine, il semblerait que ce soit surtout une tentative pour faire rentrer des sous auprès de l'application Messenger, qui comme vous le savez appartient aussi à Facebook, mais ne lui rapporte rien.

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La vie privée sera bientôt un luxe réservé à quelques happy few.

Même si une banque s'est déjà déclarée réticente à partager ces données avec Facebook, ce scoop du Wall Street Journal démontre au moins deux choses: premièrement que Facebook essaie de rentabiliser ses autres applications que sont Messenger, Whatsapp et Instagram; deuxièmement que malgré les scandales passés, les données personnelles restent au coeur du business de Facebook et cela se fera toujours, quoi qu'on en dise au détriment de notre vie privée. Je rappelle d'ailleurs que Google et Amazon ont aussi déjà demandé aux banques de partager leurs données pour offrir des services bancaires de base sur des applications comme Google assistant ou sur des enceintes vocales connectées comme Alexa. Jusqu'à présent, les banques ont refusé, pas par principe mais surtout parce qu'elles ont peur de perdre la relation et donc le contrôle qu'elles ont sur leurs clients.

Toutes ces tentatives de mettre le grappin sur nos données personnelles démontrent bien que la vie privée sera bientôt un luxe réservé à quelques happy few qui devront payer cher et vilain pour sauvegarder leur jardin secret.