Le correspondant du journal Le Monde à Londres a, par exemple, intercepté la conversation d'un gestionnaire de fonds qui s'occupe de gérer l'argent d'une vingtaine de grosses fortunes en Grande-Bretagne. Et que dit ce gestionnaire de fortune ? "Le Brexit ne fait pas plaisir à ma clientèle, mais ça ne change pas grand-chose pour eux. En revanche, si Corbyn passe, ils feront leurs bagages".

Un autre gérant de fonds d'action n'a, lui, pas hésité à interrompre une session de questions sur les actions européennes avec des journalistes pour dire brutalement que ce qui l'inquiétait vraiment, plus que tout autre problème économique, c'est la possibilité d'un changement de gouvernement. Ce serait d'après lui le plus important virage politique depuis les années 70.

En fait, ce que lui et ses confrères redoutent, c'est l'arrivée de ce qu'ils appellent en privé un communiste au pouvoir. En gros, les clients de ces gestionnaires de fortune ont peur des "rouges", comme on les appelait il y a quelques années. La classe dirigeante a peur du programme marqué très à gauche de Corbyn, un programme dans lequel il parle de nationaliser les chemins de fer, la poste, le secteur de l'énergie et de taxer à 50% tous les revenus au-dessus de 140.000 euros par an. Bref, autant le leader travailliste de 68 ans ne les inquiétait pas tant que son objectif était de contrôler son propre parti, autant aujourd'hui, ces mêmes personnes ont pris peur depuis que les derniers sondages montrent qu'il pourrait prendre le pouvoir aux prochaines élections.

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La différence avec Hollande, c'est que Corbyn, lui, croit vraiment ce qu'il dit

De son côté, toutes ces peurs font plaisir à Jeremy Corbyn qui s'en délecte. Il en profite même pour diffuser des vidéos dans lesquelles il dit en substance qu'il est fier de voir ces personnes avoir peur de lui et qu'elles ont raison d'avoir peur de lui, car lui veut vraiment changer le système actuellement en place. Un système qui, selon lui, profite seulement à quelques personnes au sommet.

Comme le faisait remarquer le correspondant du Monde, au fond, Jeremy Corbyn a aujourd'hui un ennemi déclaré, c'est le monde de la finance. Un peu comme François Hollande qui avait dit en campagne électorale que son véritable ennemi, c'était la finance anonyme et invisible. La différence avec Hollande, c'est que Jeremy Corbyn, lui, croit vraiment ce qu'il dit.