Un dessin en dit souvent davantage qu'un long discours. C'est en gros le même impact que l'article que je viens de lire du New York Times où l'un des éditorialistes vedettes a pu visiter la Corée du Nord, il y a quelques jours.

Bien entendu, ce genre de reportage ne se fait pas librement, et le journaliste en question était flanqué d'un officiel à chacun de ses déplacements au sein du pays. Il n'empêche, malgré cette censure, l'idée que l'on se fait de la Corée du Nord n'est plus la même après la lecture de cet article. D'abord, on comprend bien qu'il ne faut pas attendre de la population la solution ou un renversement de régime. Parce que les photos des leaders nord-coréens sont partout y compris celle du grand-père de l'actuel dictateur et puis parce que la propagande locale - par micros et sous forme d'affiches omniprésentes - fait croire à la population que les Etats-Unis ont déjà été écrasés par le vaillant peuple nord-coréen. Ensuite, parce que ces gens n'ont connu aucun autre régime que celui-ci et n'ont aucune lucarne sur l'extérieur, car Internet est interdit ou filtré. Un seul exemple : le journaliste a posé la question à des jeunes pour savoir s'ils avaient entendu parler de Beyoncé ou de Facebook. A chaque fois, la réponse était négative.

Quant au culte de la personnalité, il va tellement loin, que chaque année, des citoyens de la Corée du Nord meurent dans des maisons en feu en voulant sauver des portraits de leur leader....adoré. On ne sait pas si c'est par loyauté sincère ou pour bien se faire voir des autorités locales et gagner quelques points. Il faut dire aussi que ce régime est pire que celui de Mao ou de Staline, car à l'époque de ces deux tyrans, il n'y avait pas d'ordinateurs, de caméras en circuit fermé et autres technologies qui pouvaient surveiller aussi finement toute une population.

Et puis, tout le monde en Corée du Nord a compris que l'arme nucléaire était la garantie ultime de leur pays. Ils vous disent tous qu'ils ne veulent pas faire la même bêtise que l'Irak ou la Libye qui avaient abandonné leur volonté d'avoir l'arme nucléaire et qui se sont donc fait balayer de la carte par les Américains. Pour eux, la leçon est simple : pas question de négocier sur l'abandon de leur arme nucléaire

Le journaliste du New York Times, qui a aussi couvert la guerre en Irak, a eu le sentiment de quitter l'Irak juste avant l'invasion américaine. Sauf qu'ici l'Irak, c'est la Corée du Nord, et que les conséquences d'une guerre ne seront pas localisées, mais mondialisées du fait de l'arme nucléaire. Comme pour l'Irak, la guerre en Corée du Nord est largement évitable, mais le sera-t-elle pour autant ? Voilà la question posée en fin d'article et qui attend toujours une réponse