Et voilà donc Macron aux commandes de la France. Il avait déjà décroché la présidence et maintenant il a aussi pris le contrôle du Parlement. Il a donc le champ libre pour faire passer ses réformes.

Ce qui m'a frappé, c'est qu'il a annoncé que la France devait devenir une nation start-up, une nation qui pense et agit comme une start-up. Dit comme cela, on sourit, et on se dit que ce jeune président a tout compris. Il sait parler comme les jeunes et se montrer optimiste comme les jeunes entrepreneurs.

Mais, pour autant, les mots ont une valeur et un pays ne sera jamais une start-up. Surtout pas, ce serait suicidaire que de suivre à la lettre le mode de management ou de fonctionnement d'une start-up.

D'abord, si on parle du succès des start-up, il faut savoir que c'est une vue de l'esprit étant donné que 90% des start-up meurent au cours des 5 premières années.

Ce taux de mortalité se justifie par le fait que le modèle économique des start-up est un modèle à haut risque financier. Or, de son côté, la France est éternelle, et il n'est pas question pour un pays de prendre des risques inconsidérés. La différence, c'est que la start-up peut se planter et ses dirigeants tenteront leur chance ailleurs.

Pour la France, c'est plus compliqué, si on rate, il n'est pas possible de reconstruire une deuxième France ailleurs. De plus, si la start-up est gérée en fonction de l'intérêt de quelques actionnaires et de fonds qui ont mis quelques billes dans son capital, le président de la République est lui le garant de l'avenir de plus de 67 millions de Français et Française.

Il ne peut pas jouer aux dés avec l'avenir de son pays, si c'était le cas, le résultat serait la faillite du pays ou la guerre. Même chose, dans le monde des start-up, on dit souvent qu'il faut agir vite et ne pas hésiter à briser les codes, c'est excellent pour une entreprise, mais pas nécessairement pour un pays. Le chef de gouvernement d'un pays doit tenir compte des acquis sociaux, de la culture du pays, de la cohésion nationale, du vivre ensemble.

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Un chef de l'Etat a un rôle infiniment plus compliqué que celui d'un chef d'entreprise et a fortiori du patron d'une start-up.

Bref, un chef de l'Etat a un rôle infiniment plus compliqué que celui d'un chef d'entreprise et a fortiori du patron d'une start-up. Autre différence notable : les start-up n'ont qu'un seul but: tenter d'avoir le monopole pour leur produit ou leur service. C'est une condition sine qua non de leur survie.

Mais un pays ne peut pas agir de la sorte, la France ou n'importe quel autre pays européen se doit de jouer la carte de la coopération, de la collaboration économique. D'ailleurs sans cela, des projets aussi grandioses que Arianespace ou Airbus n'auraient pas pu voir le jour.

En fait, ce que doit faire la France et c'est évidemment aussi valable pour notre pays la Belgique, ce n'est pas d'agir ou de jouer à la start-up - il y a des entrepreneurs pour cela, à chacun son rôle - ce que doit faire l'Etat, c'est d'être une plate-forme qui permette l'émergence de start-up et surtout de l'esprit d'entreprendre.

Le rôle de l'Etat, c'est de donner le cadre légal et les infrastructures pour que l'esprit d'entreprise puisse s'épanouir, mais surtout pas de jouer le rôle d'une start-up. Vouloir le faire, c'est paradoxalement revenir à l'époque de l'URSS, à une époque où on croyait que l'Etat était plus malin que les entrepreneurs et qu'il savait ce qu'il fallait faire pour le bien public.

La faillite de l'URSS a démontré que c'était une illusion et la faillite du Vénézuela aujourd'hui montre que la démonstration reste encore valable. Mais bon, comme on est optimiste, on va tout de même souhaiter bonne chance au Président Macron.