Avec des réalisations comme le film récompensé Black ou Connie & Clyde et Domination (SM-rechter), la maison de production Caviar a su se tailler une réputation qui les a finalement même amenés jusqu'en Amérique. "Quand, il y a quelques années, nous racontions que nous désirions conquérir le marché américain, avec notre maison de production belge, beaucoup de gens trouvaient que c'était une mauvaise idée", raconte Bert Hamelinck.

Entre-temps, cela fait déjà quatre ans que sa femme Eva Custers - elle prend en charge la communication et le marketing de Caviar - et lui habitent à l'ombre des palmiers. Bert passe environ la moitié de son temps à la gestion de Caviar. L'autre moitié est consacrée à la production de long-métrages et de séries. "C'était absolument un choix délibéré", ressort-il. "Je ne pourrais jamais n'être que CEO. C'est précisément dans la pratique que je retire mon sentiment de satisfaction."

Au cours de notre communication Skype, le téléphone n'a pas cessé de sonner. Bart est la personne idéale à interroger sur le tiraillement entre travail et vie privée. On a posé sept questions à Bert Hamelinck et Eva Custers, le tandem couronné de succès pour qui tout est allé très vite ces dernières années.

Comment vous habillez-vous pour aller au travail ?

Eva Custers: "C'est une chose dont je m'occupe toujours sciemment. Il est cependant intéressant de relever la différence claire entre la Belgique et Los Angeles sur le plan vestimentaire. Ici, tout est tellement 'casual', et j'observe que tout un tas de vêtements de Belgique sont restés dans mon armoire depuis le déménagement. Je pense que les Belges accordent tout de même plus d'attention au style."

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Tout est tellement casual ici et je remarque que tout un tas de vêtements de Belgique sont restés dans mon armoire depuis le déménagement.

Eva Custers

Bert Hamelinck: "Mais pour les événements formels, c'est totalement différent. Là, on attend bel et bien de vous que vous vous habilliez. Un costume-cravate, c'est par exemple encore très fréquent ici, alors qu'en Belgique, je n'en mettais plus que peut-être deux fois par an."

Comment combinez-vous travail et vie privée ?

Custers: "Quand nous habitions encore en Belgique, Bert devait communiquer avec les bureaux d'Europe et ceux de Los Angeles, où il est neuf heures plus tôt. Donc quand les gens vont dormir en Belgique, à LA, ils se réveillent tout juste. De ce fait, Bert était presque toujours au travail jusqu'au milieu de la nuit. C'était devenu très lourd."

"Ici, à bien des égards, c'est plus facile d'avoir un équilibre entre travail et vie privée. Nous sommes à douze kilomètres de la mer et nous ne devons rouler que trois quarts d'heure pour voir les montagnes. Les gens sont très sympas, le temps est souvent beau et il y a beaucoup de choses à faire."

Hamelinck: "Ici, on travaille dur dans la matinée jusqu'à midi, parce que tout le monde est alors encore réveillé en Europe. Ensuite, je peux commencer mes tâches pour LA et c'est plus calme. Ce rythme de travail plus modéré est aussi favorable à mes projets. Je peux enfin encore réfléchir, lire un scénario ou regarder un film le soir. Avant, ce n'était simplement plus possible."

Vous mettez-vous parfois délibérément offline ?

Hamelinck: "C'est honnêtement très difficile. La seule manière de résoudre cela est de mettre le cap sur des destinations où il n'y a pas de réseau. Nous somme quelques fois allés au Costa Rica. Là, vous avez juste suffisamment de réseau pour téléphoner de temps à autre, mais un mail passe déjà plus difficilement. Les premiers jours sont quelque peu inhabituels, mais ensuite c'est surtout une libération. Cette soif d'être continuellement en ligne est vraiment un esclavage, dans ce métier. Vous avez tout le temps le sentiment que les projets ont besoin de suivi, alors qu'ils peuvent en réalité se passer de vous pendant un moment."

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Les premiers jours sans wifi sont quelques peu inhabituels. Ensuite, c'est surtout une libération.

Bert Hamelinck

Custers: 'Dans les structures d'entreprise classiques, on reçoit sans distinction ses mails privés et ses mails professionnels sur son téléphone. Cela crée du stress."

Hamelinck: "Mais c'est aussi un métier où vous recevez énormément en retour, ce qui fait que le travail ne se vit pas toujours comme du travail. Je ne suis pas un avocat qui, le soir, doit encore rédiger un contrat de soixante pages." (rit)

Quel est le luxe ultime pour vous ?

Hamelinck: "Quelques journées sans wifi. Dernièrement, nous sommes allés à Mexico, dans un lieu situé au milieu d'une réserve naturelle. Il y avait trois plages qui étaient entièrement abandonnées. Le sentiment d'être complètement déconnecté de tout et de devoir céder à son environnement est délicieux."

Custers: "Je pense en effet que cela revient à ça: ne pas avoir trop de monde autour de nous. Los Angeles est très grand et tout le temps en mouvement. Il y a vraiment beaucoup de monde qui vit ici. Être un moment loin de tout, c'est une respiration. La nature en Amérique est aussi très belle, nous allons donc souvent nous promener. Simplement du calme, du silence et être seuls."

Quel est le but le plus élevé que vous désirez atteindre dans la vie ?

Custers: "L'Oscar, hein?" (rit)

Hamelinck: "C'est un rêve que j'avais déjà quand j'étais petit. Je sais que cela paraît irréaliste, mais c'est néanmoins une aspiration plaisante. Un Oscar reste tout de même la plus grande reconnaissance que vous puissiez recevoir en tant que producteur de film."

Custers: "Mais un Golden Globe, c'est bon aussi, bien sûr."

Quelle satisfaction retirez-vous de votre travail ?

Custers: "La reconnaissance est importante. Cette confirmation ne vient jamais uniquement de vous-même, elle provient certes aussi de l'extérieur. Quand un projet est enfin terminé et que des gens viennent me dire qu'ils le trouvent bon, c'est bien sûr agréable à entendre."

Hamelinck: "En tant que CEO, je trouve ensuite merveilleux de voir des jeunes gens s'épanouir. Il y a même des personnes qui partent de chez Caviar pour entreprendre eux-mêmes et le faire incroyablement bien. C'est très beau à voir, parce que vous avez bien sûr participé à la formation de leurs bases."

Quelle est la leçon de carrière la plus précieuse que vous ayez reçue ?

Hamelinck: '"Never ever give up." Dans ce secteur, une nouvelle idée reçoit surtout énormément d'opposition au début. Les gens à qui vous soumettez vos plans se demandent si le projet a vraiment des chances de réussir et s'il est suffisamment trendy ou beau."

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Auparavant, quand nous disions, en tant que maison de production belge, que nous voulions faire des Etats-Unis notre marché principal, les gens trouvaient cela aussi une mauvaise idée. Mais voyez-vous, il faut persévérer, ne pas laisser tomber.

Bert Hamelinck

Avant, lorsque nous disions, en tant que maison de production belge, que nous désirions faire des Etats-Unis notre marché principal, les gens trouvaient que c'était une mauvaise idée. Mais voyez-vous, il ne faut pas abandonner et persévérer. Si vous savez que vous avez du talent dont vous pouvez faire quelque chose, vous devez simplement continuer à y croire."

Custers:"Il est aussi important de vous entourer de personnes talentueuses, même si elles possèdent plus de talent que vous-même. Cela vous rend également meilleur, cela vous garde en éveil."

"Nous sommes maintenant tous les deux dans la quarantaine et nous avons récemment engagé une personne de vingt ans plus jeune que nous. Il parle de choses qui me font bourdonner les oreilles, mais je me dis alors: "fais-le !". Si je les retenais, alors le temps s'arrêterait. Je pense que ce que j'essaie de dire est : connais tes propres forces et faiblesses de long en large, afin de combler les lacunes par des personnes qui en sont capables."