Lors de sa première réunion après la fin des achats d'actifs nets, l'institut de Francfort devrait "prendre en compte" la dégradation des perspectives de croissance, mais "sans modifier sensiblement son orientation politique", estime Florian Hense, économiste chez Berenberg Bank.

L'avertissement lancé lundi par le Fonds monétaire international (FMI) sur la croissance devrait conforter la BCE dans ce jeu d'équilibriste. Il contraint les observateurs à soupeser chaque mot pour voir si la tonalité s'assombrit.

L'institut de Washington a en particulier raboté la prévision de croissance de la zone euro à 1,6% pour cette année, se montrant légèrement plus pessimiste que la BCE lors de ses dernières prévisions de décembre (+1,7%).

Aussi, le président de l'institut Mario Draghi devrait expliquer qu'il est trop tôt pour savoir si la zone euro traverse des turbulences passagères ou s'il s'agit d'un retournement après cinq années consécutives de croissance.

Publiés également jeudi, les indices PMI d'activité en zone euro pour le mois de janvier vont retenir l'attention. Ceux de décembre avaient déjà témoigné d'une baisse de régime généralisée.

- Ne rien précipiter -

Mais comme la BCE n'ajustera ses propres prévisions macroéconomiques qu'en mars, elle "ne voudra probablement pas paraître trop alarmiste, de peur de perturber davantage des marchés nerveux", selon M. Hense.

Côté décisions du jour, les taux directeurs devraient être maintenus au plus bas, soit à zéro pour le taux de refinancement des banques et à -0,40% sur les liquidités excédentaires déposées au guichet de l'institut.

Et sauf énorme surprise, la BCE devrait répéter que ces taux ne bougeront pas "jusqu'à l'été 2019 au moins", avant ce qui serait le premier tour de vis monétaire depuis juillet 2011.

La plupart des économistes ou acteurs de marché ont d'ailleurs calé leurs attentes de hausse des taux sur un horizon encore plus éloigné, allant de la toute fin 2019 à 2020, voire 2021 pour certains.

"Ni la faiblesse de l'inflation, ni l'incertitude sur le panorama économique européen, ni (l'attitude attentiste) de la Réserve fédérale américaine (Fed) n'invitent à précipiter le débat sur la première hausse des taux en zone euro", résume Bruno Cavalier, économiste d'Oddo BHF.

- Prêts géants -

L'inflation en zone euro, seul objectif officiellement fixé à la BCE, a ralenti comme attendu à 1,6% en décembre, après 1,9% en novembre, en raison surtout d'un recul des prix de l'énergie.

Sans cette donnée et en excluant les prix de l'alimentation, l'inflation dite "sous-jacente" est restée inchangée à 1,0%. Elle a déjoué les attentes de ceux qui, notamment à la BCE, espéraient voir la hausse des salaires entraîner les prix à sa suite.

Si les choses empiraient, l'institution pourrait même "devoir bientôt dépoussiérer son discours passé en lançant les signaux d'un assouplissement supplémentaire de la politique monétaire", selon Andrew Kenningham, économiste de Capital economics.

La réunion jeudi du Conseil des gouverneurs devrait aussi se pencher sur les modalités d'une prochaine vague de prêts géants aux banques. Une échéance importante se profile en juin 2020 pour ces crédits très favorables et assortis de conditions, dont les banques italiennes ont en particulier usé en 2016 et 2017.

Des décisions fermes sur cette nouvelle vague de prêts devraient néanmoins attendre mars ou avril, d'après les analystes.