Le moins que l'on puisse dire est que Johan Thijs déteste être sous le feu des projecteurs. Rejetant toute idée de célébrité, il refuse généralement de parler de lui et de sa vie privée. Il reconnaît toutefois que ses origines ont été décisives pour la formation de son caractère, son éthique professionnelle et donc sa carrière. Son père a travaillé des années à la mine. " J'ai des origines modestes et j'en suis fier ", revendique ce natif de Genk, aujourd'hui âgé de 53 ans, et CEO du groupe KBC depuis 2012.

TRENDS-TENDANCES. Il y a 11 ans, c'est à André Bergen, le CEO de l'époque, qu'avait échu le titre de Manager néerlandophone de l'année. Un an plus tard éclatait la crise financière. Que dites-vous de cet événement, dont le groupe de bancassurance n'est pas sorti indemne ?

JOHAN THIJS. La crise a occasionné un véritable traumatisme. Elle a ébranlé l'institution et eu de graves conséquences. Dans les années qui ont suivi, le groupe KBC a perdu 40 % de sa taille. Nous avons, la mort dans l'âme, dû nous séparer de toute une série d'activités, de clients et de collaborateurs. C'est la raison pour laquelle "plus jamais ça" est devenu, et reste, une sorte de leitmotiv, à tous les niveaux de l'organisation. Aujourd'hui, KBC, et sa façon de gérer le risque, n'ont plus rien à voir avec la situation d'avant 2008. On parle de deux entreprises totalement différentes.

Vous êtes à la tête du groupe depuis 2012. Quelle est, selon vous, votre plus grande réalisation ?

La révolution bleue. Rappelez-vous où nous en étions après 2008 : KBC était dans les cordes, le monde entier pointait le secteur du doigt et nous étions tous, sans distinction, accusés d'être des escrocs - alors que l'immense majorité du personnel se contentait de faire convenablement son travail, sans avoir quoi que ce soit à se reprocher. En interne, certains collaborateurs avaient perdu confiance dans la direction de la banque, pour laquelle ils n'étaient plus fiers de travailler. Heureusement, depuis, tout cela a radicalement changé. Nous avons créé Team Blue ( initiative visant à renforcer les liens qui unissent les collaborateurs des divers pays dans lesquels le groupe est actif, Ndlr). A titre d'exemple, les 42.000 collaborateurs qui la constituent ont fait en quelques semaines suffisamment de sport pour parcourir la distance aller-retour de la Terre à la Lune ; l'argent récolté dans le cadre de cette initiative est allé à des associations caritatives. Cette solidarité me donne une énergie incroyable, car elle signifie que tout le monde regarde dans la même direction, ce qui facilite considérablement la collaboration entre entités et entre pays. Ce n'est plus KBC, ou CSOB ( la filiale tchèque du groupe,Ndlr), qui a réalisé quelque chose, mais Team Blue.

Cela fait plusieurs années que la prestigieuse " Harvard Business Review " vous compte parmi les 10 meilleurs managers au monde. Cela vous confère une visibilité énorme : vous êtes sans doute très sollicité par d'autres entreprises ?

( Rires) Ignoriez-vous que l'on parle de moi pour un poste de rédacteur en chef chez Roularta ( éditeur de Trends-Tendances,Ndlr) ? Blague à part, il est évident que je suis une cible des chasseurs de têtes. C'est inévitable lorsque l'on figure sur la liste de la Harvard Business Review. Je ne cache pas que ma place dans ce classement flatte ma vanité mais j'y vois surtout la reconnaissance du travail des 42.000 personnes qui ont contribué à faire de KBC un des meilleurs bancassureurs du monde. Je ne suis qu'un maillon de la chaîne et ce n'est qu'un hasard si, en bout de course, c'est à moi que l'on remet les fleurs.

Repères

- Etudes de mathématiques appliquées et de sciences actuarielles à la KULeuven et Senior Executive Program à la London Business School.

- 1988 : entre chez l'assureur ABB.

- 2001 : directeur Assurances dommages chez KBC Assurances.

- 2006 : membre du comité de direction de KBC Belgique.

- 2009 : CEO de KBC Belgique et membre du comité de direction du groupe KBC.

- 2012 : CEO du groupe KBC.

- Président de Febelfin, la fédération belge du secteur financier.