Le vendredi 5 octobre, l'économie de marché a été la victime d'un attentat, et pas n'importe lequel comme l'indiquent mes confrères du journal Les Echos. C'est un magnifique attentat perpétré par l'artiste anglais Banksy. Lors d'une vente aux enchères organisée à Londres par Sothebys, le commissaire-priseur tape du marteau pour adjuger un tableau pour la somme de 800.000 livres sterlings et hop, immédiatement la toile ou figure une petite fille regardant partir un ballon en forme de coeur descend mystérieusement de son cadre et ressort en-dessous de celui-ci en lambeaux, ou pour être précis en fines lanières. Banksy revendique cet attentat quelques heures plus tard en postant une vidéo sur Instagram, vidéo durant laquelle il démontre comment il a piégé le cadre de son propre tableau grâce à un micro-robot télécommandé à distance. Comme il fallait bien signer cet attentat, cet artiste ajoute dans la vidéo une phrase de Picasso : "l'envie de détruire est aussi une envie créatrice". L'attentat artistique est donc revendiqué et assumé.

Mes confrères du journal économique Les Echos ont raison de dire qu'au travers de ce geste autodestructeur, c'est le marché de l'art qui est visé. Mais l'attentat contre le marché de l'art est raté car aujourd'hui, le tableau est plus cher lacéré qu'intact. En fait, ce geste faire réfléchir sur notre société. A une époque, le sculpteur César a démarré sa carrière d'artiste en cherchant des bouts de métal chez un ferrailleur et il a terminé sa carrière en écrasant - en compactant des voitures de luxe. Pour Jean-Marc Vittori, l'éditorialiste du journal Les Echos, c'est en soi "le résumé limpide du passage d'une société de pénurie de l'après-guerre à une société de surabondance". Selon lui, et je suis prêt à le croire, "l'ouvre autodestructrice de cet artiste Banksy est peut-être la formidable métaphore d'un monde qui a choisi de courir à sa perte". Le geste de Banksy a eu lieu en même temps que la publication du rapport alarmant des experts du GIEC sur le réchauffement de notre planète. Ces deux événements ne seraient finalement que les deux faces d'une même histoire - une histoire d'autodestruction.