Le relèvement des taux d'intérêts est "un développement nécessaire" pour les économies comme les États-Unis enregistrant une croissance robuste, une inflation accrue et un chômage "extrêmement bas", a insisté Mme Lagarde lors d'une réunion du Fonds monétaire international sur l'île indonésienne de Bali.

De fait, pour éviter la surchauffe d'une économie en pleine forme et une éventuelle résurgence de l'inflation, la Réserve fédérale américaine (Fed) a relevé les taux d'un quart de point de pourcentage par trois fois cette année.

Et elle compte le faire encore en décembre. Au grand dam du président américain Donald Trump, qui, après le décrochage spectaculaire de Wall Street mercredi, a fait de l'institution un bouc émissaire: "Ils resserrent tellement (les taux)! Je crois que la Fed est tombée sur la tête", a-t-il déploré.

"Je ne pense pas qu'il y ait eu des nouvelles de la Fed aujourd'hui qui n'aient pas été connues avant (...). Les marchés montent et descendent", a placidement relevé le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin, à rebours de l'accusation de Donald Trump.

Deux autres grands argentiers ont défendu l'institution américaine jeudi: "les régulateurs doivent avoir le loisir d'agir indépendamment, sans interférences politiques continuelles", a souligné le gouverneur de la Banque centrale sud-africaine Lesetja Kganyago, cité par Bloomberg.

Et Mark Carney, gouverneur de la Banque d'Angleterre, a rendu hommage à l'expertise de son homologue de la Fed "qui comprend vraiment bien la plomberie des systèmes financiers américains et mondiaux", selon l'agence.

Combinaison "inédite"

Pour Christine Lagarde, ce durcissement monétaire n'est pas seulement "légitime" et "inévitable", il était "attendu, au vu de la situation (économique) actuelle aux États-Unis et probablement bientôt en Europe".

Mais, reconnaît volontiers la responsable du Fonds, cette remontée des taux américains creuse l'écart avec le reste du monde, quitte à assombrir une conjoncture planétaire déjà minée par les tensions commerciales: un cocktail dangereux et "inédit" selon Mme Lagarde.

"Beaucoup de marchés émergents et de pays en développement ont tiré avantage de coûts de financement extrêmement bas" assurés par les taux américains quasi-nuls des dernières années, "pour souscrire des prêts souvent libellés en dollars", a-t-elle expliqué.

Désormais, les pays émergents "devront utiliser toutes les solutions de leur boîte à outils", même si les contrôles de capitaux ne peuvent être qu'"un dernier recours", a également plaidé Christine Lagarde.

Spectre protectionniste

Pour la patronne de l'institution basée à Washington, les nuages s'accumulent et s'agrègent: les taux américains, le gonflement accéléré de la dette publique et privée à travers le globe, et la résurgence du protectionnisme, dont témoigne l'intensification des sanctions commerciales entre Chine et Etats-Unis.

De quoi pousser la directrice générale du Fonds à invoquer le spectre de la crise financière de 2008 et des déflagrations mondiales plus anciennes encore.

"Mon inquiétude: j'espère que nous ne sommes pas tous victimes d'une sorte d'amnésie collective sur ce qui s'est passé il y a dix ans, et sur ce qui s'est passé bien plus auparavant quand les tensions géopolitiques ajoutées au protectionnisme engendrèrent de terribles développements", a-t-elle tonné.

Elle s'est cependant refusée à commenter la récente volatilité des marchés et en particulier le plongeon de Wall Street la veille.

En revanche, alors que la Maison Blanche accuse volontiers Pékin de manipuler sa devise pour avantager ses exportateurs, Mme Lagarde a de nouveau estimé jeudi qu'il n'y avait pas de dévaluation compétitive du yuan chinois.

Le FMI et la Banque mondiale tiennent jusqu'à dimanche leur réunion annuelle à Bali, dans une Indonésie meurtrie par un séisme survenu le 28 septembre dans les Célèbes, au bilan provisoire de quelque 2.000 morts.