Dans ce document, la FGTB avance quelque 150 projets et propositions autour de domaines prioritaires d'action: un pouvoir d'achat retrouvé, une justice fiscale, des emplois de qualité dans une économie durable, des libertés syndicales et une sécurité sociale forte. Le syndicat socialiste veut ainsi tout d'abord un meilleur pouvoir d'achat. "Il y a beaucoup d'attentes de la population de ce côté-là", a relevé son président Robert Vertenueil. Pour y parvenir, l'organisation exige une grande réforme sociale "qui veille à garantir des revenus décents et une situation digne à l'ensemble des citoyens tout au long de leur vie".

Dans ce cadre, la FGTB souhaite notamment le rehaussement du salaire minimum à 14 euros de l'heure, contre 9,85 aujourd'hui, soit 2.300 euros par mois. En 20 ans, celui-ci a augmenté de 3,5% là où la rémunération des dirigeants d'entreprises du Bel20 a progressé de 13% en un an. Une progression qui doit se faire de façon linéaire. Dans le cadre des négociations salariales en cours, le syndicat socialiste entent aboutir à une progression de 10%. "Je pense que demander un euro de plus, ce n'est pas excessif dans nos revendications", glisse son président. Le maintien de l'indexation, "méchamment manipulée au cours de ces dernières années", et de la barémisation, "qui est le fruit de la concertation sociale", font également partie de ses demandes. "Des études démontrent que plus on vieillit et on acquière de l'expérience, plus on est productif", pointe à ce propos Robert Vertenueil, qui veut également un salaire décent pour les jeunes.

Il préconise dès lors une réforme de la loi salariale afin que l'évolution des salaires suive à nouveau l'augmentation de la productivité. Robert Vertenueil demande aussi le relèvement de la pension minimum à 1.500 euros net "pour donner la possibilité de se loger, se nourrir, se soigner et d'éventuellement entrer en maison de repos". A ce propos, il qualifie d'"injustice profonde" la différence de pension moyenne entre une femme (882 euros) et un homme (1.182 euros). Les pensions en Belgique sont parmi les plus basses d'Europe, dénonce-t-il. Autre axe de travail, le 'social shift', "un virage fiscal socialement juste". "Un peu de justice sociale et écologique dans ce pays..." espère le président du syndicat socialiste. Pour ce faire, il préconise entre autres une globalisation de l'impôt: un euro équivaut à un euro. "Il n'y a aucune raison qui puisse justifier que l'euro que vous gagnez en travaillant soit plus taxé que celui tiré des revenus mobiliers ou immobiliers", analyse-t-il.

La FGTB plaide pour un glissement vers l'impôt sur les fortunes et sur le capital. "L'assiette va de la sorte se rééquilibrer en allant chercher vers ceux qui ont les épaules les plus solides." Elle veut aussi un moratoire sur l'octroi de nouveaux avantages en nature. "Nous ne crachons pas dessus. Mais nous sommes arrivés à la limite de ce genre d'outils. Cela prive la sécurité sociale et l'Etat d'un certain nombre de ressources, ce qui abaisse en fait le pouvoir d'achat", rétorque son président. Il suggère dès lors l'introduction d'une cotisation sociale généralisée au profit de la sécurité sociale, qui doit rester fédérale.

Elle correspondrait à une imposition de 2% sur l'ensemble des types de revenus, le syndicat répétant son plaidoyer d'une globalisation de l'impôt. Grâce à cela, la couverture de la Sécu devra être élargie. Les allocations sociales minimales doivent, elles, augmenter pour dépasser de 10% le seuil de pauvreté, alors que 90% d'entre elles sont inférieures à ce seuil, estime encore la FGTB. Elle déplore à ce sujet que "le gouvernement ne dispose pas de budget pour que les gens soient un peu moins pauvres". L'organisation défend par ailleurs des emplois de qualité et "faisables". Cela passera par le retour de l'âge légal de la pension à 65 ans et par un droit aux emplois de fin de carrière accessibles dès 55 ans. Mais aussi par l'instauration d'un cadre législatif permettant de négocier la mise en place d'une réduction collective du temps de travail, soit des semaines de quatre jours où l'on est payé comme si on travaillait cinq jours. Ou encore par l'instauration d'un droit à la déconnexion, à cinq jours d'absence pour s'occuper de ses proches ou la facilitation de la conciliation avec la vie privée, entre autres via un congé de paternité obligatoire de 20 jours, contre dix actuellement.

Le syndicat invite à une politique d'investissements solide axée sur une transition juste vers une économie bas carbone, des investissements sociaux et des services publics forts. Enfin, la FGTB veut une démocratie sociale renforcée et la fin de la remise en cause par les patrons et les partis de droite des droits fondamentaux tels que celui de faire grève. Elle propose plutôt un renforcement de la concertation sociale et des libertés syndicales. Le syndicat socialiste demande à présent aux partis politiques de se prononcer sur ce mémorandum. Il s'exprimera ensuite publiquement sur les formations qui le soutiennent ou non. Mais se défend de donner des consignes de vote. "Le citoyen choisira. Il est tout à fait capable de comprendre la situation.